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Renforcer la résilience climatique du secteur hydroélectrique en Côte d’Ivoire
Comment les infrastructures hydroélectriques peuvent-elles rester fiables et résilientes dans un contexte de changement climatique rapide ?
En Côte d’Ivoire, le changement climatique redéfinit les conditions d’exploitation des installations hydroélectriques : l’évolution des débits fluviaux, la hausse des températures et l’augmentation des risques d’inondation constituent à la fois des défis et des opportunités pour le secteur. Pour faire face à ces évolutions, Tractebel a élaboré un plan de gestion des risques climatiques (CRMP) destiné à traduire les données scientifiques sur le climat en solutions concrètes sur les plans opérationnel, stratégique et de suivi, contribuant ainsi directement à la sécurité énergétique à long terme et à la résilience climatique du pays.
Alors que le changement climatique affecte de plus en plus la disponibilité de l’eau et la sécurité d’approvisionnement énergétique en Afrique de l’Ouest, les systèmes hydroélectriques sont confrontés à la fois à des risques sans précédent et à de nouvelles opportunités.
Entre 2020 et 2022, Tractebel, s’appuyant sur son expertise reconnue en matière d’évaluation des risques climatiques et de planification de l’adaptation, a aidé la Côte d’Ivoire à évaluer la vulnérabilité climatique et les voies d’adaptation de son secteur hydroélectrique. Le projet, financé par l’Agence française de développement, contribue directement à la sécurité énergétique à long terme et à la résilience climatique du pays.
La zone d’étude couvrait dix projets hydroélectriques existants et prévus, situés dans les deux principaux bassins fluviaux du pays : le Bandama et le Sassandra. L’évaluation a suivi le Guide de résilience climatique de l’Association internationale de l’hydroélectricité, combinant une analyse climatique historique, des projections climatiques à long terme et des tests de résistance du système afin d’évaluer la sensibilité de l’hydroélectricité aux conditions climatiques futures.
Dans l’ensemble, l’évaluation met en évidence une double réalité frappante : si le changement climatique engendre de nouveaux risques opérationnels, il offre également un potentiel considérable pour accroître la production hydroélectrique.
Cette double réalité souligne l’importance stratégique d’une planification climatique prospective visant à la fois à préserver les actifs existants et à maximiser le potentiel futur des énergies renouvelables.
Dans le scénario climatique le plus plausible pour 2040, les débits annuels prévus pourraient augmenter le potentiel hydroélectrique de 30 % dans le bassin versant du Bandama et de 47 % dans celui du Sassandra, créant ainsi une opportunité majeure pour une production accrue d’électricité renouvelable. Ces opportunités s’accompagnent toutefois de risques climatiques croissants, notamment en ce qui concerne les inondations et le stress thermique sur les infrastructures de transport d’électricité.
S’appuyant sur ces conclusions, Tractebel a élaboré un plan global de gestion des risques climatiques (CRMP), conçu pour faire le lien entre les projections climatiques et la prise de décision opérationnelle et stratégique au quotidien des exploitants hydroélectriques et des décideurs politiques.
Le CRMP s’articule autour de trois piliers complémentaires :
- Opérationnel : développement d’un outil de gestion de l’eau en temps réel, renforcement du réseau hydrométéorologique et amélioration de la coordination intersectorielle.
- Stratégique : recommandations à long terme pour des infrastructures de transport résilientes au changement climatique et définition de scénarions d’adaptation basés sur l’évolution des précipitations.
- Suivi : identification d’indicateurs clés du climat et de performance (précipitations, débit des cours d’eau, température, production, pannes) et recommandations pour un cadre de suivi solide, incluant des mises à jour décennales des évaluations des risques climatiques.
La forte implication des parties prenantes a constitué l’un des piliers du projet, garantissant que les outils et les recommandations étaient non seulement techniquement fiables, mais aussi adaptés aux réalités opérationnelles et aux besoins décisionnels des acteurs locaux.
Cette approche participative renforce l’appropriation à long terme des résultats et améliore la capacité de la Côte d’Ivoire à gérer ses installations hydroélectriques dans un contexte climatique de plus en plus incertain.
Ce projet montre comment les évaluations des risques climatiques peuvent aller au-delà du simple diagnostic et contribuer directement à la prise de décisions concrètes, afin d’avoir un impact réel sur la population. Lors de nos séances de concertation, j’ai été très impressionné par le niveau d’implication des acteurs locaux sur cette question. En travaillant en étroite collaboration avec eux, nous avons pu élaborer conjointement des stratégies d’adaptation à la fois techniquement solides et pertinentes sur le plan opérationnel pour l’avenir du secteur hydroélectrique en Côte d’Ivoire.
Julien Sanchez
Project Manager